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Le lundi 10 juillet 2006
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Entretien à la bière ZOO, les derniers animaux contraints à quitter le navire Hermaphrodite vous ouvre les portes d’un Zoo devenu affaire d’état
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Le professeur Choron vient de disparaître. Retour sur l’une des dernières revues à laquelle il avait participé : Zoo, revue satirique, dernière héritière en date de feue Hara-Kiri. Montreuil. Quinze juin 2000. Chez Kader. Dans le jardin d’été d’un bistroquet. A la lueur d’un repas arrosé et de cigarettes qui se consument, les haines et les rancœurs se dévoilent. Les mots partent comme des fusées et la presse croule sous les insultes... Définitivement personne n’est à racheter dans ce monde bâti sur des faux-semblants... ce monde où la liberté de la presse est illusoire et ressemble plus à une gentille fille bien coiffée, bourgeoise avant l’heure et chienne de garde d’un genre moderne, qu’à notre bien aimé Poulbot fouineur de dessous les jupes, et nos Pieds Nickelés curieux des ébats incestueux et fructueux de ce monde. Entre phrasé oral et débat sur l’état actuel de la liberté de la presse, Hermaphrodite s’entretient avec Martin, l’ex-rédacteur en chef de feu la revue ZOO. Héritière de toute une tradition française de voyous choronesques ou sinéens (des maîtres en rien Choron et Siné), ZOO fut un temps composée des photomontages jubilatoires et des dessins ravageurs d’une folle équipe déjà bien connue pour ses frasques dans la presse (Vuillemin, Faujour, Schlingo, Martin, Berth,...) avant qu’une pluie de procès ne s’abatte sur sa jeune couenne. " Peut-on rire de tout ? " L’interrogation éditoriale du neuvième numéro de ZOO montre sur une photo en noir et blanc, une victime dos couché et les quatre fers en l’air, qu’une milice quelconque taquine à coup de baïonnette, avec apposés les phylactères suivant " Je vais m’gêner ! ", " Hi ! Hi ! Houhou ! hou ! ", transformant l’horrible expiation par la torture en un rire défiant la haine des bourreaux. Toute l’entreprise de ZOO est là : détourner l’imagerie féroce d’un monde atroce et infâme, épris seulement de starlettes que l’on porte au firmament, pour lui rendre un hommage à sa juste mesure. Toute la galerie des stars les plus médiatiques se pare dès lors de ses plus beaux atours pour le jeu de massacre et se fait tailler un costard des plus serrés comme un bon café vous réveillant au sortir du cauchemar. Utilisé à mauvais escient (ou bon escient selon le côté où l’on se place) le photomontage devient une arme redoutable, si redoutable que les dindes comme Vanessa Demouy ou Céline Dion quittèrent un instant leur four médiatique pour attaquer en diffamation le journal. La morale de cette histoire est que l’on peut impunément agresser le citoyen français en le submergeant dans son quotidien d’images sordides de gloires éphémères sans que pour autant celui-ci ne puisse bénéficier du droit moral de réponse ou de contre-attaque. Voilà fixées les limites de l’art, du journalisme et de la satire. Mais rien de nouveau sous le soleil de France. Il en va de même de toutes ces publicités hypocrites qui " polluent l’univers et vendent de la merde " pour reprendre la terminologie d’un auteur à succès, le consommateur étant réduit à " un agent produisant un acte d’achat ". Et si l’on ne fabrique jamais de machines à laver incassables et de pneus increvables, c’est pour mieux convaincre le consommateur de choisir le produit qui s’usera le plus vite. Il suffit de voir de quelle manière on exclut des films publicitaires les noirs et les maghrébins pour comprendre l’énorme cloaque où l’on nous englue. De même que les graffiti sur les affiches publicitaires sont interdits (rappelez-vous des détournements soixante-huitards), les revues comme ZOO sont coupables de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas et conduites pour cette raison même au pilori. Mais refusons-nous à nous égarer davantage pour écouter les propos de celui qui mena tambour battant la horde libre de ses collaborateurs composée de Charb, Berth, Faujour, Jean-Marc Lastrade, Mehdi Ba, Xavier Naizet, Oueb, Sygar, Serge Livrozet, Vuillemin, Professeur Choron, Guerra, Charlie Schlingo, Otho Puol, Christian Laborde, Lefred-Thouron, j’ai nommé Martin. Philippe Krebs Martin : "Avant Zoo on faisait un journal qui s’appelait Canicule, qui a été interdit en mai 1993 par le Ministère de la Justice. Alors, nous nous sommes retrouvés comme des cons pendant quatre ans, sans journal. Et comme on a l’habitude de bosser, d’envoyer des dessins dans des journaux comme l’Huma et qu’on se fait chier dans ces canards-là (je crois que la presse est un des milieux où il y a le plus de gens flippés, des gars qui vont regarder dix fois tes dessins avant de les publier, tout ça pour choisir le plus mauvais), on avait les boules de pas avoir de canard à nous pour publier nos dessins. A ce moment on a trouvé un éditeur, qui, comme par hasard, était dans la pornographie. Hermaphrodite : "Des procès pour quelle raison ?" M. : "Le premier procès c’était avec AB Production, une société qui produit des sitcoms. A l’époque on était allé faire un reportage sur un plateau d’AB Production, et j’avais fait un reportage dessiné. J’avais rencontré un mec sur le plateau, qui était assistant de production, il s’appelait Thierry Addad ; sur le plateau, il se prenait sans arrêt des vannes sur le fait qu’il était juif. Quand j’ai entendu ça, j’ai retranscrit tel quel ce que j’entendais. Résultat : Thierry Addad m’attaque en justice en disant : " Tu n’as pas le droit de dire que je suis juif ! ", estimant que sa caricature ressemblait aux pires caricatures antisémites de l’avant-guerre, enfin n’importe quoi ! et ils m’ont aussi attaqué pour " appel au meurtre " parce que j’avais dessiné la recette de la tarte écrasée où tu voyais Dorothée se faire écraser par une bagnole ! Avant le procès d’AB Production, on a eu un procès de Xavière Tiberi. Elle a demandé un référé dès le premier numéro. Elle a voulu l’interdire parce que Faujour avait fait un dessin où il y avait marqué : " Madame Xavière, la pute la plus chère de Paris ". Elle répondait : "je suce pour 200 000 francs", ça lui a pas plu du tout ! En fait, on croyait que c’était son avocat qui nous avait attaqué, qu’elle n’avait même pas vu le numéro. Mais elle a bien vu le dessin parce que, lors d’une conférence de presse, elle a dit : " Vous imaginez dans cette affaire de " faux rapports " (enfin de rapports parce qu’elle n’a pas dit faux, évidemment) il y a quand même un journal qui est allé me traiter de " pute la plus chère de Paris ". Jusqu’où peut-on aller dans l’ignominie ? ". H. : "Elle a perdu..." M. : "Elle a perdu ouais et Xavière Tiberi, elle, a retiré sa plainte... Ils ont réussi à s’entendre avec nos avocats ; elle nous a dit que si le gérant du journal faisait une lettre d’excuse ça pouvait s’arranger. La rédaction n’a pas voulu, mais le directeur de la publication a écrit la lettre. Quant à AB Production, ils ont gagné 150000 francs. Vanessa Demouy, elle, nous a piqué 200000 francs. H. : "C’est en correctionnelle ?" M. : "Non, le tribunal de Nanterre, c’est pas la correctionnelle ; tu es attaqué pour droit à l’image. Le problème c’est qu’à cause de journaux comme Voici, toutes les amendes ont augmenté. Avant tu payais 30000 francs pour un droit à l’image maintenant tu payes dix fois plus cher. Quand Vanessa Demouy nous a attaqué, au lieu de lui payer 10 ou 20 000 francs, ce qui était le prix il y a 10 ou 15 ans, on a payé 200 000 francs. Le problème c’est que les juges ne regardent pas tes chiffres de vente. Si une jour vous êtes attaqués avec Hermaphrodite pour n’importe quoi, pour droit à l’image par exemple, il vont pas regarder le fait que vous n’en vendiez que 2000 ou 3000. Ils n’en ont rien à foutre. L’amende n’est jamais proportionnelle aux chiffres de vente. Si Voici a une amende de deux cent mille francs, ils peuvent la payer, ils vendent six cent mille journaux par semaine. Nous on vendait 12000 à 13000 tous les deux mois. On pouvait pas payer une somme pareille. Ça veux dire que c’est du pognon qui part pour des conneries. Et tu te rends compte que c’est très difficile actuellement d’ éditer un journal satirique. H. : "Pourquoi Canicule avait-il été interdit ?" M. : "Pour " présentation de la toxicomanie sous un jour favorable ". on avait fait un dossier sur la drogue. Il faut savoir que, tous les deux mois je crois, au Ministère de la Justice, il y a une commission qu’on peut qualifier de " commission de censure ", qui se réunit et qui statue sur toutes les publications qui sortent. Par exemple ils regardent toutes les publications de cul... et puis des journaux de BD comme le Psykopat... Fluide Glacial... Il y a des éditeurs, des associations de parents d’élèves, et ils vérifient si toutes ces publications ne sont pas dangereuses pour la santé des petits enfants. H. : "Pour les photomontages dans ZOO, vous repreniez des photos déjà existantes ?" M. : "C’est simple, tu fais comme nous, tu fais des plans de voyous ! tu découpe Voici, tu demandes pas de droits, tu publies, et si le photographe a envie de demander des thunes tu lui files des thunes. On a jamais eu trop de problème avec les photographes. Mais bon, on a été obligé de chourer. Quand t’as pas de fric, faut se démerder !" H. : "Et le journal Chien Méchant ?" M. : "Chien Méchant, c’était Luz qui voulait sortir un mensuel. C’était très rigolo parce que le jour où il a sorti le mensuel, Philippe Val a piqué une crise de nerfs. Il a pensé que le mensuel allait faire concurrence, donc il a failli intenter un procès à Luz pour détournement d’auteurs de Charlie Hebdo. Après, il a essayé d’emmerder Luz sur d’autres points. Il lui a dit : " c’est simple, à Charlie Hebdo, il y a les fondateurs et ceux qui collaborent... alors tu as six mois de mise à l’épreuve pour nous prouver que tu es l’un des fondateurs ". Il l’a vachement intimidé pour qu’il arrête le canard. Il n’a d’ailleurs pas eu besoin de l’intimider longtemps, parce que le canard, qui était basé uniquement sur de la BD politique, ce qui pour moi était un très mauvais concept, s’est cassé la gueule tout seul. Il y avait de bons dessinateurs dedans, mais c’était pénible. Luz voulait faire un truc militant, casse couilles... on a laissé courir. Avec Faujour, on a fait notre boulot et le journal s’est pété la gueule. Avec beaucoup plus de promo d’ailleurs que pour Zoo. Quand Chien Méchant est sorti, t’avais des papiers dans Libé, dans l’Huma, un peu partout. On a jamais eu ça comme promo, et on a fait beaucoup plus de ventes avec Zoo. H. : "Vous aviez écrit dans Zoo un papier sur Philippe Val, vous lui aviez tiré le portrait, et après cet article-là, Luz, Charb et Tignous se sont cassés de Zoo..." M. : "Ils ne se sont pas cassés, ils avaient interdiction absolue de dessiner dans Zoo. Charb est arrivé un jour à Charlie, il me l’a raconté, il grimpait les escaliers qui mènent à la rédaction, là, Cabu est descendu avec le journal à toute vitesse, il lui a montré : " Tas vu ce qu’ils ont fait tes copains ! " Ils étaient fous de rage. Ils ne nous ont pas attaqué parce que Charb nous connaît, et puis parce qu’ils savent qu’un journal satirique qui attaque un autre journal satirique ça fait vraiment minable. Ce qui est bien c’est que ça a enchaîné une autre série de petits articles, notamment dans le Monde, contre Val, et qui ont pratiquement réécrit la même chose que nous. Val était fou furieux. Il a carrément fait signer une pétition dans tout Charlie Hebdo pour le soutenir, parce qu’il était désigné comme le mec qui était en train de faire couler Charlie Hebdo. Tu m’étonnes, avec toutes les conneries que Val a écrit pendant la guerre du Kosovo,ils ont perdu vachement de lecteurs. Charlie Hebdo est un journal qui est totalement aux mains de Val et de Cabu, et Val et Cabu sont pour moi des curés. Des moralistes de merde ! Voilà ce qu’ils ont fait d’un journal qui aurait pu être très drôle, avec des mecs comme Charb, qui assurent vraiment, qui ont vraiment un humour qui peut aller très loin : mais ils les ont relégués au second plan, et ils ne foutent que des Unes de Cabu ou de Riss toutes les semaines. Ils écrivent des articles tristes à mourir. C’est une horreur, de la merde en pot ! Val, c’est le genre de mec qui cite le siècle des Lumières à toutes les phrases, qui se masturbe sur Spinoza et Montaigne. En fait, il n’a qu’un rêve : être reconnu comme un grand éditorialiste. Et quand il dit dans ces éditos qu’à Charlie, les journalistes sont libres, c’est une mascarade ! Va leur demander s’ils sont libres ! ils vont pas te le dire parce qu’ils ont la trouille. Val les verrouille. Il a transformé Charlie Hebdo en journal politique bien pensant. Un journal de gauche bien sûr ! Plein de belles idées, contre le capitalisme et le monde de l’argent. Mais qui détient les parts de Charlie Hebdo ? Philippe Val et Cabu ! Si un jour le journal se casse la gueule, c’est eux qui vont ramasser le pognon, il y en a pour des millions de francs. Les autres iront se toucher la couenne. Et ces mecs - là après, osent te dire qu’ils luttent contre le libéralisme. La seule chose qu’ils ont réussi à faire avec les bénéfices qu’engendrent Charlie, c’est de racheter des locaux qui sont au nom de qui ? - au nom de la société qui édite Charlie Hebdo. Et qui est actionnaire majoritaire ? - toujours Philippe Val et Cabu. Tu crois qu’ils auraient dépensé leurs millions pour éditer un nouveau journal, pour aider des petits jeunes à faire un canard ? Non ! ils n’ont rien fait ! ils capitalisent, comme les gens qu’ils critiquent dans leur journal. Si c’étaient des libéraux ou des mecs de droite, vraiment, j’en aurais rien à foutre. On sait que les mecs de droite sont des pourris. Mais ils ont au moins l’élégance d’assumer. Val et Cabu disent que leur cœur est à gauche, mais leur porte feuille est à droite ! H. : "Il y a aussi Siné." M. : "Oui, Charb et Siné restent les plus violents, les plus virulents. Il y a les papiers d’Olivier Cyran aussi, que j’aime bien. Il y a beaucoup de mecs bien chez Charlie. Je critique le canard, mais il y a des mecs que j’adore dedans. Le seul qui ait gardé l’esprit " bête et méchant ", c’est Choron. Il est resté immoral. Le fait d’être immoral, ça te permet d’avoir un peu de recul sur tout, un peu de recul sur l’espèce humaine, sur la vie en général, ça permet de te dire que rien n’est important, que la gauche et la droite, on les a tous eu au pouvoir, et on voit ce que ça a donné. C’est pas du poujadisme de dire ça. J’ai toujours voté à gauche. Depuis que je connais des mecs de gauches et que je travaille à l’Huma, je ne peux plus les blairer. Je ne peux plus les voir en peinture. Pourtant, j’ai toutes les affinités avec eux, au niveau des idées. Mais quand tu les connais, tu sais que c’est faux. Tout ce qu’ils te racontent, c’est faux, archifaux ! Même les anarchistes parisiens, ont une mentalité de curés ! La dernière fois que Choron est passé à Radio Libertaire, il a fait exploser le standard. T’avais toutes les nénettes qui hurlaient. Les mecs, ils avaient cent appels à la minute. Ça a gueulé de partout. On est arrivé a une époque où, bien qu’on ait eu Hara-kiri pendant vingt ans, bien qu’il y ait Moustic ou les Guignols, il faut sans cesse dire aux gens : " Là, tu comprends, c’est du second degré, on déconne ". Pour pas te faire traiter de fasciste, de nazi, ou de toutes sortes de conneries ! Ça devient hallucinant, t’es obligé de tout expliquer de A à Z. Je trouve qu’on a régressé. On est revenu dans les années 60." H. : "C’est un peu différent. Ce n’est plus l’Etat qui interdit aujourd’hui, mais plutôt les journalistes et les personnalités, qui se chargent de se faire des procès entre eux." M. : "Il y a une autocensure incroyable. Le dernier procès qu’on vient de se manger - j’étais chez les flics il y a une semaine -, c’est parce qu’on est attaqué par Le Monde, enfin un journaliste de Zoo est attaqué. Il y a un mois, je me suis retrouvé sur un plateau télé, sur France 3 Ile-de-France, dont le thème était " la liberté de la presse " ; je devais faire des dessins. Il y avait le rédacteur en chef de Voici, Jean-François Kahn, Edwy Plenel et je ne sais plus qui. Un mec gueule : " Plateau dans dix minutes ! ", je m’installe, je sors mes petites feuilles, mes stylos et je m’aperçois que les gens ne s’installent pas, je ne comprends pas. Le présentateur vient me voir et me dit, " Ecoute, je suis embêté, le patron du Monde ne veut pas s’asseoir à côté de toi parce que vous avez fait un article très méchant sur eux dans Zoo. Alors, c’est toi ou c’est lui ; mais comme on a fait un reportage sur Edwy Plenel, on est obligé de le garder ". je lui ai dit : " OK ! j’ai compris, je me casse ! " Edwy Plenel n’a même pas eu le courage de venir me le dire en face. Voilà, ça se passe comme ça, l’Etat n’a même plus besoin de censurer, il a des petits garde-fous partout, même les petites associations gauchistes comme ATTAC, Droit devant, tu vas discuter avec eux, ils vont te dire qu’on ne peut pas rire de la pauvreté, de la misère... La dernière fois, j’étais à Montréal avec Moustic et Delépine, on s’est fait engueuler comme du poisson pourri ; il y avait des mecs qui venaient dans les débats et qui nous disaient : " Non mais attendez, on peut pas rire des millions de mecs qui crèvent en Corée du Nord. Alors qu’à ces même mecs, tu leur dis tout les jours au journal télévisé, " Y A TANT DE MORTS, TANT DE MORTS ", ça les choque pas. Mais dès que tu sors un truc, que tu en ris, alors là, non ! Tas pas le droit de faire ça. On a le droit de rire de quoi alors ? Le meilleur c’est de rire des trucs qui font mal, c’est d’aborder des sujets atroces comme les camps de concentration, parce que par le rire, tu peux montrer que... oui ! ben... oui ! c’est horrible... Voilà. H. : "Ça crée un vrai malaise, de rire de choses horribles, c’est là que ça fait vraiment réagir..." M. : "Ah, oui, oui... Non c’est-à-dire, c’est vachement drôle, parce que souvent quand les gens lisent un gag féroce, ils rient, puis après ils réfléchissent et se disent : " OH ! c’est dégueulasse ". après, ils ont honte d’avoir ri. C’est assez rigolo comme système... Tout ça fait qu’on en arrive à vivre dans un pays qui est triste à mourir... Heureusement que des mecs comme Vuillemin ou Choron continuent dans cette lancée-là. C’est encourageant de voir que tas des mecs qui continuent à déconner, qui restent des voyous..." NOUS FAISONS UNE PETITE PAUSE, ET EN PROFITONS POUR RECOMMANDER QUATRE NOUVEAUX DEMIS BIEN AGREABLES, EN CETTE PETITE APRES-MIDI ENSOLEILLEE... H. : "Et tous les gens qui travaillaient dans Zoo, les dessinateurs..." M. : "On fait de la merde pour vivre. On travaille dans des journaux municipaux, à L’Humanité... ils font des affiches pour des conseils généraux, ce genre de trucs. Ils sont pas malheureux... Faujour gagne bien sa vie par exemple, mais il est au bord de la crise de nerfs. Parce que tu te heurtes tous les jours à des mecs qui te disent " Alors ! tu nous as fait rire cette semaine ? ", tu montres deux, trois dessins, oh ! non ! on peut pas passer ça, oh ! non ! c’est pas possible. Et puis après, ils te demandent de leur faire un petit dessin à la Plantu, voilà pour eux c’est ça, Plantu, c’est le dessinateur drôle... du moment... La dernière fois j’ai vu Plantu dans une émission de télé, il montrait les dessins qui n’étaient pas passés dans le Monde. Il avait dessiné Mitterand en train d’enculer la Reine d’Angleterre, et Mitterand disait " tu le sens mon gros traité de Maastricht " ; bon... minable, à chier ! Le journaliste de l’émission lui demande : " Mais pourquoi ils ont censuré ça la direction ? ", et Plantu répond : " c’est pas la direction qui a censuré, c’est moi qui me suis autocensuré, parce que vous comprenez, la Reine d’Angleterre était en France, on n’a quand même pas le droit de passer ça et d’insulter les gens quand ils sont invités par notre pays ". T’imagines que ce mec-là, après, va te parler de liberté de la presse et d’humour... C’est hallucinant... hallucinant... ARRIVE LE SERVEUR QUI NOUS DEMANDE SI NOUS VOULONS DEJEUNER... NOUS LUI REPONDONS PAR L’AFFIRMATIVE, L’APPETIT, IL EST VRAI, BIEN OUVERT PAR QUELQUES TOURNEES DE BIERE ET UN PETIT PAQUET DE CLOPES DE COW-BOY... H. : "Sinon on a appris que Choron était plus ou moins malade..." M : "Ouaih ! mais ça va, il va mieux... il picole plus, il fume plus... comme quoi tu vois, même après avoir fumé quatre paquets de clopes par jour pendant quarante ans, tu peux t’arrêter du jour au lendemain. C’est ce qu’il a fait, sans patches de merde, sans rien... Mais ça vabien,çavabien...Ila eu de petits problèmes de santé. D’ailleurs, il en a parlé abondamment dans un reportage qu’il avait fait pour Canal +, oùon lui avaitfiléune caméra. Tu le voyais carrément sur son lit d’hôpital, il s’était filmé avec le tuyau dans la biteettout le bordel... Non, c’est bien..." H. : "Et c’est passé ?" M. : "Oui, c’est passé, bien sûr c’est passé... Ah, je préférerais que ce soit Cavanna qui ait des problèmes de santé !... S’il crève, sa vision des choses ne me manquera pas, alors que Choron, lui, me manquera beaucoup..." H. : "Personne ne vous a jamais soutenu quand vous avez eu des problèmes avec Zoo ?" M. : "Jamais... et ce qui est très drôle, c’est que le seul mec qui aimait Zoo dans le monde de la presse, c’était le rédacteur en chef de Voici. Il nous a fait travailler avec Vuillemin, Faujour et Oueb sur des photos. Ça a duré six semaines et puis on a dégagé... les lectrices ne comprenaient rien, elles hurlaient au scandale..." H. : "C’est passé dans Voici ? !" M. : "Oui, on a fait des photomontages sur la Princesse Diana. La rédaction a reçu plein de lettres, on s’est fait virer. H. : "Quand Vanessa Demouy vous a attaqué, c’était quoi le motif ? Atteinte à l’image ?... parce que vous montriez son cul ?..." M. : "Oui, d’ailleurs l’idée était nulle. On a trouvé ça à la bourre, à quatre heure du matin. Mais franchement, qu’est ce que tu veux montrer de Vanessa Demouy à part son cul ? elle a pas réussi avec ce qu’elle a dans la tête ! elle a fait carrière parce qu’elle a des grosses miches de vache normande. Peut-être qu’on aurait dû la montrer en train de se faire traire... c’était plus dans son image..." H. : "Que penses-tu de ce qui est arrivé à Patrick Font ? tu ne crois pas qu’il a pris bonbon à cause de l’effet Dutroux ?" M. : "Oui, ça a joué. Dans Charlie, ils ont carrément passé une lettre de Patrick font disant que Philippe Val n’était pas au courant, ça sentait pas le mec qui avait téléphoné pour lui dire : " Putain Patrick, je suis dans la merde, tu peux pas m’écrire une lettre pour me dédouaner ? ". En plus je ne vois même pas comment Val peut dire qu’il n’était pas au courant, parce qu’en 1991, quand on faisait Canicule, on avait déjà entendu des rumeurs sur les penchants de Patrick Font. Ce que je trouve dommage, c’est que dans le duo Font et Val, ce soit le plus drôle qui soit parti en tôle, j’aurais préféré que ce soit l’autre. " H. : "Qu’est-ce que vous allez faire maintenant ?" M. : "On va essayer d’aller voir des mecs pour relancer Zoo. Faut qu’on trouve du pognon. Mais je ne sais pas quel est le taré qui va investir de l’argent dans un journal où tu peux perdre beaucoup de sous. C’est un peu le point mort...vous n’avez pas du boulot à Hermaphrodite ?" Propos recueillis par Juan Hastings, Valerian Lallement et William Guyot
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