Le Crépuscule des enculés
(Tract tiré à l’occasion des Ballets Gris de l’élite Grise "Art & Société" à la Maison des Lettres, mars 1970)


par Philippe Krebs,    

 

DANS LA MEME RUBRIQUE :

La Chronique Bête et Méchante de Nicolas Brulebois
XL234
NOUS SOMMES RICHES !
Quelle est ta place dans le monde ?
Le Crépuscule des enculés


 

De ma bibliothèque, j’extrais ce morceau choisi d’un petit livre en forme de boite rouge intitulé Internationale Hallucinex, revue-tract à détruire, et je vous le livre brut, no comment, tranche de gras pour époque maigre & ratafia de briques rouges. Dans ce petit livre, le texte Le Crépuscule des enculés se trouvait à côté du Manifeste de la Génération grise et invisible (textes de William S. Burroughs, Claude Pélieu, Carl Weissner, Jeff Nuttal, Ed. Sanders), de La Marchandise ou l vie (par Jean-Jacques Lebel, avec 84 affiches détrounées dans le métro), Ligne noire (textes recueillis et présentés par J.M. Goutier. Une proposition : L’humour comme arme absolue. Une réponse : "La révolution c’est la solution des rêves") et Petit Livre Peau-rouge (texte Marcel Kahn, Une exploration hallucinatoire et magique du monde indien). Mais que sont nos pères devenus ? Après avoir pendu tous les curés du monde avec leurs viscères, faut-il pendre nos pères avec leur mécréance ?

L’Internationale Hallucinex - 19.2 ko
L’Internationale Hallucinex

Ce qu’il reste des "artistes" et des "penseurs" de la bourgeoisie (souvent employés par l’université comme sujets-supposés-savoir, comme crétins spécialisés dans la transmission d’un savoir-marchandise totalement dévalué et avarié, mis en doute même par les esclaves réifiés que sont les étudiants), ce qu’il reste de fossoyeurs, de gardiens ou de conservateurs de musée, de fabriquants ou marchands de kitsch, de romanciers d’avant-garde, de philosophes en porcelaine, de musiciens, de critiques, de peintres...

Tout cela ne pèse pas lourd.

ça agonise pitoyablement en se forçant à pousser encore quelques cris inaudibles, récupérant pour le rayon "Nouveautés" des supermarchés culturels quelques idées subversives, quelques éléments de critique sociale, mais vidés de leur substance parce que non pratiqués, parce que commercialisés et vendus par les mêmes spéculateurs et idéologues qui toujours se démerdent pour survivre aux incendies et en tirer profit.

Croient-ils encore avoir droit à leur statut privilégié de l’ancien régime ?

ILS SE TROMPENT. Ceux qui se montrent incapables de vivre la mutation profonde et intégrale de la société seront laissés pour compte, ainsi que n’importe quel autre spécialiste bourgeois, n’importe quel autre maillon de la courroie de transmission entre maîtres et esclaves, exploiteurs et exploités. Les cadres intellectuels de la bourgeoisie disparaîtront avec le vieux monde auquel ils se sont intégrés et - plus ou moins ouvertement - identifiés. Ils disparaîtront avec les autres dirigeants et profiteurs, flics et marchands qui auront préféré couler avec le navire de peur de se jeter à l’eau et recommencer à zéro, remettant TOUT en jeu.

La poésie des "poètes", l’art des "artistes" sont non seulement morts, mais putréfiés. Le produit du travail aliéné des spécialistes passe directement à la poubelle (au musée, à l’université) sans être lu, vu, entendu.

Les méta-langages des méta-morts-nés ne concernent plus que quelques méta-consommateurs qui se méta-branlent et dont la situation est fort précaire : un pied dans le drugstore capitaliste, l’autre sur une peau de banane.

"Artistes et "intellectuels", réveillez-vous !

Le 24 mai 1968, la Bourse de vos employeurs a brûlé. La révolte des esclaves ne fait que commencer. Il serait temps que vous vous y mettiez, vous aussi. Plus vous continuez à produire des gadgets, de l’idéologie, du spectacle, de la vaseline pour la bourgeoisie, plus vous accumulez vos indemnités de paralytiques, plus vous vous condamnez à la non-vie institutionnalisée, plus vite vous créverez, salopes !

Ce n’est pas un entr’acte, c’est la FIN. Ni Césars, ni tribuns, ni artistes, ni maîtres. Alors, statues parlantes et angoissées, qu’allez-vous devenir ? Il n’y a pas de solution parce qu’il n’y a pas de problème : vous êtes DEJA au musée. Vous êtes DEJA dans la tombe. Le délire créateur de tous couvre vos gémissements d’agonie.

Vous êtes DEJA OUBLIES.

Un groupe autonome

(Tract tiré à l’occasion des Ballets Gris de l’élite Grise "Art & Société" à la Maison des Lettres, mars 1970)

Ce texte est publié dans le cadre d’une nouvelle rubrique, intitulé NO COMMENT. Vous pouvez, vous aussi, envoyer vos textes et extraits à : revue@hermaphrodite.fr

 


Philippe Krebs

Né à Metz, Philippe a grandi avec son père (fondateur du centre Emmaüs de Forbach) dans une ambiance de soupe populaire. Il a en a gardé le sens des relations humaines et un profond respect de la différence. Éditeur de livres et revues d’art pendant dix ans , co-organisateur d’un festival nomade de performances poétiques (Teranova). Un temps spécialiste du groupe Panique (Topor, Arrabal et Jodorowsky). Acrobate professionnel pendant dix autres décennies, il décide en 2014, de remettre le bleu de chauffe pour aller peindre sur les routes, dans des sites abandonnés, mais aussi dans son atelier lyonnais, ainsi qu’un peu partout dans le monde (Europe, Afrique, Asie).

 




 

 

En Résumé Plan du Site Le Collectif La Rédaction Contact Catalogue Lettre d’Information
Textes & illustrations sous COPYRIGHT de leurs auteurs.