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Le jeudi 24 février 2005
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c’est-à-dire Architecture du mur roman poétique en série (1ère partie) par Philippe Boisnard,
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Philippe Boisnard, présente "c’est-à-dire" fiction poétique qui traite de la rupture selon une variation formelle de rapports entre la femme et l’homme. qu’est-ce que l’architecture d’un mur, rien ou quasiment rien ; on dit rien parce qu’on le voit plat, comme une feuille, mais ce qui est plat, surface peut être plus complexe qu’un volume, prenez un drap, celui où elle s’est couchée, c’est certainement plus complexe qu’un moteur, regardez les plis, ceux qui restent du corps, et ceux qui se sont marqués lorsque le corps s’est détaché du lit, s’est délité, leur jeu de plis et d’ombres pose davantage de difficulté que les pistons, les bielles, les circuits de refroidissement ou les injecteurs à huile ; avec le drap il y a le hasard de la hanche qui laisse un creux ou un vallon / avec un drap il y a la contingence d’un sein qui laisse sa rondeur / un mur c’est tout comme un drap, il y a aussi plein de plis, mais ils ne sont pas de la même espèce ; un mur c’est fait pour graphiter dessus ou s’i lamenter, qu’il soit fait de petites briques de rien, qu’il soit fait de béton ; lorsque je regarde les petites briques, c’est dur à compter, i en a trop à dénombrer, ça coupe le regard / et puis un mur à la différence d’un moteur, on pisse dessus parfois comme ce chien-là, qui lève la patte / un mur donc c’est complexe alors que c’est une surface, car qu’est-ce qu’i a derrière / un mur c’est toujours un lieu de trafic, trafic d’écriture, que cela soit les tags, les petites annonces fabulatoires et déambulatoires des passants nocturnes, un mur cela appelle le trafic, la mise en invisibilité d’un secret / c’est derrière les murs que se forgent les silences des complots, c’est entre quatre murs que cela s’écrit / i a plein de choses qui s’y font dessus ou bien le long, ou par derrière, en contrebande / et puis un mur, ça vieillit, ça s’effrite en surface, ça se gonfle d’eau / les graffitis sont de moins en moins visibles, de moins en moins lisibles / le mur c’est toujours la surface d’une présence qui se retire de du regard, c’est pour ça qu’on i écrit, qu’on i laisse sa trace, sa marque, sa signature, pour qu’elle s’efface, pour que peu à peu on i soit enseveli dans son temps, dans le temps de la ville, ou bien le temps de la cité / un mur c’est là qu’on se rencontre, qu’on se donne des RDV, qu’on se casse le nez à attendre, qu’on se casse les dents lorsque rien s’i passe, c’est là qu’on i laisse ses larmes, et i a pas qu’à Jérusalem qu’ça se passe comme cela, i a pas qu’dieu qui nous laisse mariner à attendre ou qui refuse de s’i rendre / le mur alors voyez vous il a une architecture qui est loin d’être saisissable au premier abord, et puis on a pas encore parler de ses racines / - mais un mur ça a pas de racines, ce sont les plantes potagères qui en ont pas les murs ! / en êtes-vous certain, les murs c’est comme le reste ça s’enracine, ça pousse / certes on croit toujours que seul les organismes vivent et se répandent, mais les murs aussi, si j’vous place face à un mur d’indifférence que croyez vous qui va s’passer, et bien ce mur là, vous le verrez pousser, vous le verrez devenir muraille, sorte de mélancolie, de honte qui vous tenaillera, qui deviendra façade impénétrable, trop haute pour en voir la voûte du ciel, trop longue pour en trouver l’un des bouts, ce sera un mur infini, sans bout, sans fin / pas un segment, pas un petit mur de rien, mais un mur qui a oublié d’avoir un angle, un mur lisse jusqu’à l’horizon / et vous le savez un horizon ça se rejoint jamais / DONC LE MUR = COMPLEXE DE SURFACE + COMPLEXE DE TEXTURES / en bref un mur ça complexe, ça pose problème car i sécrète tous nos fantasmes, i s’fait surface de projection, surface où les frasques de nos existences tendent à s’écrire / du pipi-caca aux cris révolutionnaires, de la déclaration intempestive à larmoiement d’un névrosé solitaire, rien à faire, les murs i s’font les défouloires de nos revendications, i sont pratiques pour qu’on n’soit pas complètement psychotique, ce sont des boucs émissaires parfaits, silencieux comme des tombes et totalement opaques / demandez à mysstic / et avec le temps comme j’disais i vieillissent et oublient / en quelque sorte i sont comme des ardoises, non pas des tuiles, mais des ardoises de petits écoliers, pratiques, on écrit - on efface - on écrit - on efface / et puis ça s’efface alors qu’on voulait pas / ça s’écrit alors qu’on voulait pas / ça se grave alors qu’on voulait pas / ça se lézarde alors qu’on voulait pas / ça s’ravine alors qu’on voulait pas / ça s’construit alors qu’on voulait pas / c’est peut-être ça le plus douloureux / que ça s’construit alors qu’on était pas averti, peut-être même sans permis, sans autorisation / et puis des fois, c’est démoli alors qu’on voulait pas / c’est embouti alors qu’on voulait pas / et les ravalements vous le savez malgré la baisse de la TVA à 5.5% ça coûte encore cher / - alors ce que vous voulez dire c’est qu’un mur c’est pas simple ? / pour sûr qu’s’est pas simple ; vous avez déjà vu un mur en forme de pli / ben non, car ce serait l’ouverture à une boîte / certes la boîte c’est formé de murs ou de cloisons, mais c’est pas la même architecture / un mur c’est pas simple car les plis sont de surface et non pas des angles, des pans / le mur c’est un recto-verso sans pli, c’est comme une feuille, c’est comme un drap, c’est comme une carte postale, anodin et pourtant si on sait i lire, on voit que c’est pour soi que c’est fait / du mur de la honte, au mur protecteur le mur porte toujours en lui ce paradoxe / LE PARADOXE DU MUR = FAMILIER + ETRANGETE / SURFACE D’ECRITURE + SURFACE D’OUBLI / l’architecture d’un livre magique, plus ça s’écrit, plus ça s’efface / et s’entrelace / et pour i lire quoi ? rien / les aléas du temps, des mains stressés, des plans contre plans, des juxtapositions / rien à i lire car c’est l’illisible / et pourtant ça parle dans ce silence du rien à i lire / ça cause, ça dit / un mur c’est à dire / à lire, pour ne pas l’oublier / c’est à scruter dans l’inouï / drôle de topos dîtes le mur
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