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ENTRETIEN PHALLIQUE

Christian Laborde : L’interdiction de L’Os de Dyonisos

Le vendredi 8 février 2008



L’Hermaphrodite a posé ses basques de cuir du côté de Pau. Les lorrains et le gascon. Décembre. Chichon. Quitter la bise hivernale pour s’adosser à la montagne des Pyrénées. Autour de L’Os. Mais encore... Rencontrer Christian Laborde. A fleur de peau... Comme toujours. Des paroles échangées, il ne reste que des bribes. Autour de L’Os. Mais un texte apparaît. Autour de Flammes. En forme de post-it. Ces réflexions éparses que l’on sème aux quatre vents d’une géographie ntérieure constamment à redessiner. Avec la bouche, les sons, pensée harponnée au détour d’une harmonie fugitive. Les traces dans la neige, laissées par l’ours. Parchemin originel des rêves. Histoires à réinventer. Corps à corps de mots. L’Hermaphrodite vous laisse en bonne compagnie... Quarante-trois post-it de Christian Laborde... réflexion mosaïque autour des mots des sons du roman chant gascon de la flamme qui habite la chair les chairs qui palpitent...



L’Os de Dyonisos - 16.6 ko
L’Os de Dyonisos
Première page du livre

Christian Laborde : "Oh ! Tu as l’édition Eché !"

Hermaphrodite : "Elle nous a été offerte par Lubat."

C.L. : "Oh... Ah ! oui. Il y avait des caisses d’Os chez Lubat, planquées. Les huissiers ont été partout, sauf à Uzeste."

H. : "La première édition date de 1987. Le livre a été interdit." Lana Song (extrait d’Aquarium) : "Un livre est mort à Tarbes, un roman, le mien, L’Os de Dionysos. Le juge énumère les chefs d’accusation : incitation au désordre, à la moquerie, atteinte à la morale classique, danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale, paganisme, provocation."

C.L. : "Que de pin’s, que de pin’s ! Que de médailles ! que de décorations ! Quel arbre de Noël ! Thank you les juges ! C’était donc en 1987, en mars 1987... Je suis assigné à comparaître le 10 mars, en référé. Le 10 mars donc - l’assignation m’avait été remise la veille... - j’arrive au Tribunal de grande instance de Tarbes, avec ma bouche, mes mots, ma gueule d’encre et mon avocat. En face, en robe, le président du tribunal, le procureur de la république, et les autorités du collège de Garaison ! L’Os de Dionysos est un roman pornographique, il trouble l’ordre public. Saisie immédiate sur la totalité du territoire national ! La saisie est ordonnée le 12 mars. Mort d’un livre et naissance d’un écrivain ! J’étais à l’époque professeur de français et d’occitan. Le 16 mars, je ne le suis plus : le recteur en effet me suspend de mes fonctions. Censure ET interdit professionnel : la totale ! "Douce France, cher pays de mon enfance..."

H. : "Et les soutiens... ?"

C.L. : "Ils seront nombreux ! Lubat, Nougaro, Bernadette Laffont, Renaud, Jean-Edern Hallier... Des artistes, des politiques aussi - Dominique Baudis, Roland Dumas - qui m’accompagneront durant tout le parcours judiciaire. Car, après le tribunal de Tarbes, il y aura la Cour d’Appel de Pau, la Cour de Cassation. Ça va bagarrer, cogner de mars 87 à janvier 89 : le parcours du coeur battant !"

H. : "A Pau, que se passe-t-il ?"

C.L. : "A Pau, à la Cour d’Appel de Pau, on me reproche d’aimer les surréalistes et l’on m’accuse de "paganisme". A la question posée par le juge "l’auteur accepterait-il de supprimer certains passages ?", j’avais voulu répondre en citant André Breton, et le juge m’avait immédiatement interrompu : "- Breton : taisez-vous !"... Au moment où le juge me faisait taire, André-Pieyre de Mandiargues m’écrivait : il aimait la langue de L’Os ; il aimait le visage de Laure ; il aimait ce que je disais d’André Breton... Donc à Pau, la censure est confirmée, elle ne sera levée qu’en 89, par la cour de cassation..."

H. : "Et Pauvert, quand intervient-il ?"

C.L. : "Pauvert est à mes côtés dès le début, soucieux d’arracher l’ouvrage aux griffes de la censure... En 89, il le publie aux éditions Régine Deforge, car il n’a plus de maisons d’édition. Il publie les auteurs qu’il défend, soit chez Deforge, soit chez Ramsay..."

H. : "Aucun passage du livre n’a jamais été retranché ?"

C.L. : "Aucun, jamais ! L’Os a donc été édité quatre fois : en 87 chez Eché ; en 89 chez Deforge ; en 91 au Livre de Poche et, aujourd’hui, chez Pauvert par Claude Durand, PDG de Fayard, qui tenait à ce que L’Os soit en librairie aux côtés de mon nouveau roman Flammes. Un livre assassiné qui ressuscite quatre fois : quelle joie !"

H. : "Pour en finir avec L’Os, comment expliquez-vous qu’il ait été frappé si violemment ?"

C.L. : "La violence faite au texte, s’explique d’abord par le contexte. Nous sommes en 87, c’est la première cohabitation et le Front national n’en finit pas de monter... On menace la revue Gay Pied, monsieur Pasqua organise à Paris "l’exposition de l’horrible", et on a interdit un roman. On interdit un livre en s’appuyant sur des textes de lois qui rendent cette interdiction possible et légitime. Tant que ces textes n’auront pas été supprimés, les livres seront menacés. Or ni la droite, ni la gauche, ni le centre ne songent à nous débarrasser de cet attirail répressif !"

Propos recueillis par Jean-Edouard Hastings et Philippe Krebs.

 


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